SPOILERS SPOILERS SPOILERS
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Cour de récréation - 10h10 - Stephen et ses amis se réunissent sous le préau.
"Alors toi tu seras le héros puisque t'es un beau gosse, bien américain, bien costaud, avec un passé tragique pour te rendre un tant soit peu légitime quand même. Toi là, derrière, t'as vu le flic de Beverly Hills? Ouais? Bah tu seras le Eddy Murphy de l'histoire. Bon alors Scarlett t'es trop belle et tous les garçons sont amoureux de toi. En plus t'es rousse et tu portes trop bien le cuir moulant. Tu seras l'héroïne qui tombe finalement amoureuse du comique-courageux après moult échanges verbaux percutants. Il manque qui là? Ah oui, il nous faut un chef d'équipe secondaire, genre un vieux général strict mais qui aime bien les petits rebelles, parce qu'il en fut un dans sa jeunesse. Le grand costaud tu fais l'entraîneur qu'on voit pas tant que ça parce que t'es pas vraiment notre pote mais que tu veux t'incruster. Pour les méchants, on a qu'à mettre une autre belle fille ancienne copine de Duke le Super-Dude, un méchant très méchant revendeur d'armes pour surfer sur la vague plus ou moins actuelle de peur de guerre aux armes chimico-toxiques, mais faisons technologiques et parlons de nanites, c'est plus classe et ça fait genre on s'y connait grave. Il faut genre un élément de surprise chez les méchants, un type qu'on soupçonne pas être plus méchant que le grand méchant mais qu'en fait c'est LUI qui sera le grand méchant parce qu'il a une revanche à prendre sur les gentils et même sur certains méchants de toutes façons. Voilà, et histoire de satisfaire tout le monde, on a qu'à ajouter deux ninjas. Et pis c'est cool les ninjas de toutes façons. Nan, en fait, ce qui est
vraiment cool, c'est les ninjas muets super mystérieux (mais pas si mystérieux que ça puisqu'en fait on va tout dire sur lui grâce à d'habiles retours dans le temps, histoire que tout le monde comprenne). Le truc central c'est que le grand méchant (comment ça lequel? Tous, on s'en fiche) veut devenir le maître du monde, et les G.I Joe --le gentils-- doivent l'en empêcher. Bon, je crois qu'on a tout, hein? C'EST PARTI!"
BOUM! Bam! PAF! tac-tac-tac-tac-tact-tac Aaaaaaargh! "Anna, c'est toi?" Pziou / tching, clak-clak-clak pif paf pouf TAC Aaaaaaaaa "oh non les méchants ont fait un truc vraiment trop méchant... VENGEANCE!!!!!!!!!!!!!!!! YAAAAAAA" *sacrifice héroïque* + *explosion nucléaire* "On a gagné!"
Cour de récréation - 10h30 - Stephen et ses amis rentrent en classe.
G.I Joe est ce qu'on pourrait appeler un film symptomatique de la première décennie du 21e siècle. Tous les ingrédients sont réunis pour créer un ensemble de clichés rarement atteint ces dernières années. Or aujourd'hui, les clichés sont un peu le grand ennemi à éviter quand on réalise ou qu'on écrit une production hollywoodienne, il faut à tout prix se détacher de tout ce qui est classique, innover, ne pas ressasser de vieux codes scénaristiques ou narratifs, toujours chercher la subversion, la création d'un genre, d'une technique ou d'un concept. Et bien il est clair que Stephen Sommers n'a qu'une chose à répondre à tous ceux qui n'attendent que de la méta-philosophie au cinéma: "BAM! Je vous emmerde et prenez ça dans vos trognes!". Passer le cap de la compréhension qu'avec un concept tel que G.I Joe, on ne tient pas le nouveau Brazil, il faut tout de même se tourner vers l'aspect technique du film et remarquer en toute objectivité que la direction du bonhomme est lamentable, sans compter un jeu d'acteur d'un pathétique rare, même dans ce genre de blockbuster. Les effets visuels oscillent inexplicablement entre acceptables et honteux alors que le budget aurait dû permettre une bonne photographie et de bons FX. Le scénario a un niveau de fan fiction esquissée: pour faire simple, l'histoire n'a rien à dire et ne cherche de toutes façons pas à faire croire le contraire. Les personnages sont légion et leurs flashbacks ne servent que de court répits entre deux batailles géantes. Le rythme est très rapide, comme l'a dû l'être le montage se dit-on, et le film enchaîne à une vitesse assez ahurissante les scènes d'action immenses qui permettent d'exorciser les plus viles pulsions destructrices de petit garçon de Stephen Sommers: on détruit tout sur son passage, on tue tout le monde, mais ça ne fait rien parce que contrairement aux prouesses super-héroïques, les blessures ne durent pas longtemps. Une scène finie, la suivante repart à deux milles à l'heure, et on recommence à se bastonner encore et encore des rues de Paris aux fonds marins de l'Arctique, alternant musiques épiques et guitares électriques, on multiplie et on démultiplie les ennemis pour mieux les faire exploser, les couper, les assassiner, sans jamais tomber dans la méchanceté sadique, parce qu'il faut se rappeler qu'ici, il est seulement question de projeter avec joie des figurines contre un mur, de les ramasser et de les réutiliser jusqu'à ce qu'elles éclatent en mille morceaux. Et après? Papa peut bien les recoller. On recommencera demain.
